Vous peignez des objets de la vie quotidienne : meubles Ikéa, sachets de soupe, affiches de musées. Quelle statut accordez vous à ces objets ?
Leur statut c'est d'être le sujet de ma peinture. Ce qui m'intéresse d'une part dans le mobilier contemporain, c'est qu'il est souvent directement inspiré d'œuvres d'art comme celles de Donald Judd, Carl Andre, Sol Lewitt : cette influence sur la vie quotidienne, j'en réintègre une partie dans le champ artistique. D'autre part les meubles et les objets font partie de notre histoire affective commune : comme la boîte de sel Cérébos par exemple. C'est leur côté à la fois affectif et commun qui m'intéresse et non pas le fait qu'ils soient produits en quantité industrielle, même si ceci explique cela. Mais mon travail est avant tout une réflexion sur la pratique de la peinture, sur la représentation.
Pensez vous que ce type de réflexion soit encore d'actualité ?
La question que je pose est comment peindre aujourd'hui une table, une chaise, une bouteille… C'est une question très simple, mais pourtant pratiquement aucun plasticien de ma génération ne se la pose.
Mais s'agit-il vraiment de peinture ?
Mes pièces sont en volume mais la peinture se montre doublement en tant que représentation mais aussi avec cette pensée omniprésente : le châssis, la toile, l'acrylique restent les trois éléments incontournables. Ce qui me gênait dans l'acte de peindre, c'était le support, il ne me semblait plus possible après le travail de Beuys ou Ryman entre autres d'oublier ces éléments, de les laisser anonymes derrière une surface peinte et de ne s'occuper que de cette surface. Mon travail consiste à reconsidérer ces éléments sans pour autant leur enlever leur fonction. Mon châssis est construit en volume à l'échelle 1 de l'objet représenté, la toile est cousue autour du châssis, la peinture ne recouvre la toile que sur un seul plan : le premier plan, parallèle au mur et face a l'observateur.
Mais dans votre travail, il y a un côté « mal peint », qui apporte une distance par rapport à la vision que le spectateur peut avoir des objets que vous représentez
Le côté « mal foutu » est une constante de la peinture du XXème siècle. J'ai également ajouté un côté « mal foutu » dans la façon de recouvrir le châssis de toile, et dans les coutures qui sont cachées ou au contraires montrées Le châssis lui-même est obligatoirement mal foutu, sinon mon tableau serait à coup sûr raté…
Aujourd'hui, il y a une sorte de liberté prise par les artistes à l'égard des objets de la vie quotidienne, qui deviennent un matériau comme un autre. Que pensez vous d'une telle utilisation ?
Ce qui m'amuse beaucoup aujourd'hui, c'est que lorsque je parle de peinture, cela gêne les artistes, les critiques. On essaye d'y voir autre chose. On a du mal à admettre une telle question, alors que des expositions entières de sac Chanel ou de tortues Ninja ne font plus lever un seul sourcil. Pour moi il n'y a plus aucun enjeux à exposer des sacs Chanel aujourd'hui. A part peut-être pour Chanel… A mon avis, à la longue, on risque de s'apercevoir que c'est une vision un peu trop légère du travail artistique.
Justement, si elle ne se situe pas au même niveau, la notion de légèreté est présente dans votre travail ?
Oui mais pour moi le choix d'une vie d'artiste a quelque chose de grave, on ne peut être artiste et rester simplement dans la légèreté, il faut trouver sa légèreté, mais avec au départ un enjeu possible. La véritable légèreté passe par la profondeur, sinon il s'agit d'inconséquence.