Habiter l’espace semble être le principal moteur de JC Robert, qui depuis qq temps, articule son travail autour de la production plutôt de la reproduction d’environnements.
D’environnements du quotidien. Habiter l’espace comme métaphore de la spatialisation qu’envisage toute oeuvre d’art tout en se référant directement à celle de l’habitat dans le sens ou l’espace n’est pas une idée mais du vécu. Une organisation spatiale déterminée qui régit l’ensemble de la société. Ainsi, chaque objet occupe un emplacement défini en relation avec celui des autres et les déplacements produits suivent inéluctablement des normes culturelles. Jean c R n’invente pas de cadre particulier mais reproduit les conditions’existence de l’espac à la carte de la société post industrielle. Tout l’univers. Des objets quotidiens, des meubles, des journaux, des affiches encadrées qui renvoient généralement à l’aménagement de l’espace, à son occupation. A la maison.
L’ère du cocooning
JCR parle ironiquement de cette nouvelle nécessité de retourner vers cette « zone de protection majeure » dont parlait Bachelard et qui a été baptisée à grand criera les médias de « cocooning », phénomène symptomatique des années 90 après l’overdose des années 80 tournées vers l’extérieur. IL s’agit d’une nouvelle attitude, d’un repli sur soi dans l’univers douillet son intérieur, d’un besoin de vraies matières. L’artiste montre que l’utopie qui était au centre de touts les débats il y a encore qq années s’est transformée littéralement en consommation générale. Pour la génération de l’après-utopie, cad celle du post-moderne, le cocooning n’est certainement rien d’autre qu’une nouvelle stratégie de consommation insufflée par la sphère médiatique. Une euphorie de l’aménagement intérieur et non une nouvelle dimension philosophique ou spirituelle de l’espace. Ne doit-on pas trouver également ici un clin d’oeil certain au nouvel académisme de « installations » qui s’est développé ces dernières années ?
Une diversité standard
“ On assiste, note Ezio Manzini, … à une explosion de diversités qui, dans l’ensemble, ne nous paraissent pas marquantes, à une multitude de nouveautés qui, globalement, ne créent plus de vrais moments de ruptures mais, dans le meilleur des cas, suscitent quelques instants d’étonnement ». Tout paraît différent sans que rien ne le soit vraiment, tout change sans qu’aucun changement ne soit vraiment nouveau. Face à l’hyperchoix, le monde est passé du spécifique au générique. Un style industriel, synthétique, vide de sens, banalisé et résumé en quelques éléments simples, reconnaissables par tous. L’identité est devenue numérique dessinant un individu au profil désormais indéfini (sexe, mode de vie, appartenance sociale …). Un individu qui se fond dans le sujet collectif. Tandis que le béton préfabriqué donne une configuration commune à l’habitat contemporain. La structure est à peu de choses près semblable pour tous les habitats. Tout concourt à la gigantesque construction d’un cadre uniforme pour tous.
Jean-Christophe Robert pose la question du style à une époque où la réitération est devenue la nouvelle condition d’existence de l’image, « la » possibilité de reconnaissance. C’est une des grandes ambiguïtés du monde contemporain, que cette volonté de reconnaissance immédiate et sécurisante de l’œuvre alliée à un besoin de nouveauté que réclame la société. Alors comment avoir dans ce monde nouveau un véritable modèle, de grandes références à proposer dans un univers qui n’en a plus ? Comment choisir face à la variété de styles de vie et des produits proposés ? Manzini continue en soulignant qu’au « bout du compte, consciemment ou non, choisir un “style” ou un “look” signifie non seulement obéir à l’instinct d’appartenance à un groupe, mais aussi synthétiser en un seul choix ce qui, autrement aurait tourné en un épuisant et interminable casse-tête pour la moindre chose (vêtement, musique, journaux, etc) ». Des objets qui sont autant de figurants de notre quotidien étant donné leur éphémérité, n’existant sans cesse que dans l’urgence d’être remplacés. Et ce, d’autant que l’homme contemporain, ouvert à la nouveauté est apte à changer sans difficulté de mode de vie. Il est devenu un parfait « zappeur », un consommateur accompli.
Consommation sur catalogue
Les œuvres de Jean-Christophe Robert ne manifestent pas pour autant une ultime critique de la consommation des produits ou des images car « nous sommes voués à consommer, fût-ce autrement, toujours plus d’objets et d’informations, de sports et de voyages, de formation et de relationnel, de musique et de soins médicaux. C’est cela la société post-moderne : non l’au-delà de la consommation, mais son apothéose jusque dans la sphère privée, jusque dans l’image et le devenir de l’ego appelé à connaître le destin de l’obsolescence accélérée, de la mobilité, de la déstabilisation » (Gilles Lipovetsky). Une consommation qui a entraîné une connaissance davantage à travers la reproduction qu’à travers l’original. À l’ère de la reproduction plus rien n’est inaccessible, rien n’est sans réplique. Ni vrai, ni faux comme le fait remarquer Daniel Sibony.
Le culte de la reproduction
C’est la raison pour laquelle lorsque l’artiste reproduit picturalement sur toile cousue en volume des produits d’entretien quotidien, des meubles, IKEA, KNOLL, des couvertures de journaux (« Voici », « Art Press » …), des affiches d’expositions, faciles à accrocher, reproduisant une œuvre, le problème n’est pas de savoir si c’est bien peint ou mal peint pour être confondant mais plutôt de manifester un doute par rapport à la notion d’original, à la notion de style. Et ce, d’autant qu’il s’agit d’une appropriation d’objets, d’images standards médiatisées ; d’œuvres hypermédiatisées que l’artiste reproduit à partir de leur reproduction sur la couverture de magazines ou sur des affiches de musées. Des œuvres cultes, reconnaissables, universelles. A l’instar des produits et des meubles que l’artiste retient ou des photos de stars qui font la une de “Voici” et qui se succèdent à l’infini dans le même style. Jean-Christophe Robert semble reprendre la formule d’Umberto Ecco à propos de la reconstitution d’un château aux USA selon laquelle la philosophie n’est pas « nous vous donnons la reproduction pour que vous ayez envie de l’original » mais « nous vous donnons la reproduction pour que vous n’ayez plus besoin de l’original ». De même, considérer la peinture pour sa capacité à faire l’image et peindre uniquement la surface de la toile face au spectateur en ne conservant que les éléments indispensables à la reconnaissance immédiate de l’objet représenté. Son image. Et reproduire à l’échelle 1/1 pour redonner une actualité, même s’il manque « l’ici et le maintenant » dont parle Walter Benjamin.