← DocumentationJean-Christophe Robert
Exposition personnelle · 1995

Sans rien changer que tout soit différent

Galerie Jennifer Flay

Texte d’Anaïd Demir.

Cette phrase, empruntée au cinéaste Bresson, serait un titre possible à l’exposition de Jean-Christophe Robert à la galerie Jennifer Flay.

Ce jeune artiste autodidacte se glisse dans cette faille du siècle finissant où la maîtrise de l’image a fait de la peinture le grand refoulé de notre modernité.

Ne revendiquant aucun statut, si ce n’est celui de peintre, il reprend la problématique d’un médium chargé d’histoire pour l’adapter à notre actualité.

S’il peut exister une peinture après la Peinture, celle-ci ne peut exister hors de son historicité. Elle ne peut pas plus négliger Delacroix que Beuys, devant assumer Warhol aussi bien que l’Arte Povera ou les expressionnistes abstraits… Autant d’enjeux que Jean-Christophe Robert a intégré en se repassant le film de l’histoire de l’art, à coups de pinceaux, à recopier les grands maîtres du Louvre ou du Musée d’art moderne. Tentant ainsi d’en comprendre le fonctionnement, pour mieux l’appliquer à notre époque mais se refusant à renoncer aux trois données récurrentes à la peinture que sont le châssis, la toile et les tubes de couleurs.

Ces trois paramètres pris en compte, il construit un châssis en volume, à l’échelle 1 de l’objet qu’il veut représenter, recouvert d’une toile qu’il peint sur un plan unique, parallèle au mur et face au spectateur. Du rouleau de PQ au meuble Ikéa ou les photos d’identité encadrées, les peintures-volumes accrochées au mur à hauteur des yeux opèrent comme une sonde plus ou moins fidèle de nos intérieurs au confort standardisé. L’illusion s’arrêtant à la surface. Une façon comme une autre de nous faire renoncer à l’original pour sa représentation.

S’approchant de plus en plus d’une vision conceptuelle, cérébrale, avec notamment les reproductions de photographies d’identité, Jean-Christophe Robert resserre davantage encore ses liens avec la tradition picturale puisqu’il nous propose cette fois des portraits, des natures mortes, des paysages et des dessins. De chaque œuvre il extrait un sujet (au centre de la composition), un fond et un support. Plus précisément basé sur des informations que sur du réalisme, chaque tableau tente de tirer la « problématique existentielle » -chère à Kundera- du sujet représenté. Il n’est ici question de « carte postalisme » mais d’une combinaison d’informations que l’artiste tire de chaque sujet pour en puiser leur essence. Une sorte de quête absolue de l’ineffable, de l’impalpable, un code d’accès au nœud de chacun des sujets.

Des portraits intimes, de proches… Des paysages vécus dont il aurait tiré ce qu’il trouve essentiel… Des natures mortes inspirées de ce qui peuple nos cuisines et des dessins dont il a retenu ce qu’il a bien voulu retenir des prospectus ou des catalogues publicitaires qui inondent nos boîtes aux lettres…

Se réapproprier les gestes du peintre traditionnel par les icônes publicitaires, comme pour retrouver ses références dans un monde chaotique…

Et derrière ces présences se trouve restitué le liant de toute une génération à fleur de peau, le plus subjectivement possible. Une génération « A la poursuite du bonheur » tournoyant autour d’un poème de Houellebecq.

Anaïd Demir · 1995