Qu’est-ce qu’une nature morte aujourd’hui ? Peut-on encore peindre une Vierge à l’enfant ? Comment représenter un sujet qui a été aussi exploité que la Cène ? Au premier abord, les questions que pose Jean-Christophe Robert semblent dépassées, voire réactionnaires.
Jean-Christophe Robert a commencé par décliner les objets de la vie quotidienne : torchon, soupe en sachet, l’affiche de l’exposition Van Gogh avec son cadre en bois blanc de chez IKÉA… Ayant intégré les déconstructions de support/surface, il cherchait à réduire l’exercice pictural aux considérations essentielles. Une peinture est un espace à deux dimensions, Jean-Christophe Robert représentait donc uniquement le point de vue frontal, annulant la profondeur. Mais un tableau possède un volume, même si on a tendance à n’exploiter qu’une face de ce volume. L’artiste cousait alors les toiles pour les maintenir tendues, et peignait de petits ronds gris sur le bord du châssis, figurant ainsi la tête des clous. Peu à peu, ses œuvres se sont étendues dans l’espace, devenant de véritables tableaux-objets. Une toile enroulée sur elle-même figure un rouleau de P.Q. et une ligne de peinture rose signale que, même sur un cylindre, l’artiste s’en tient à la frontalité. Reproduisant les objets en taille réelle, Jean-Christophe Robert propose un questionnement minimal : que vois-je ? « Dans les années 80, il y a eu cet enthousiasme délirant pour la trans-avant-garde, pour Schnabel. Si leurs œuvres ont été utiles historiquement, elles n’apportent plus rien aujourd’hui. Après avoir affirmé la liberté de peindre, il s’agit de parler du sujet que l’on peint. »
De la perception des objets inertes, il est passé à celle, qu’il estime supérieure, des êtres humains. Poursuivant son exploration de l’univers familier, l’artiste fait le portrait de ses amis. « Boire un verre avec des gens, les écouter parler de leur vie, leur raconter la mienne, voilà la majeure partie de mon travail, dit-il. Un modèle inconnu est sans intérêt pour moi car je ne me projette pas dans ce que je vois, mais j’essaye de le représenter objectivement ». Privilégiant le sens, Jean-Christophe Robert veut échapper à la fascination qu’éprouvent souvent les peintres pour leur médium. Il refuse de devenir un « drogué à l’essence de térébenthine », comme disait Duchamp. C’est donc avec un langage dépourvu de virtuosité, peut-être même avec une certaine lourdeur dans le style que Jean-Christophe Robert affirme sa démarche.
Pourquoi peindre la Cène aujourd’hui ? « Les représentations religieuses font partie de notre culture, mais Jésus et les apôtres ont cessé de nous préoccuper. L’imagerie de la Cène m’offre des solutions pour représenter treize de mes amis à table », explique l’artiste. Une vierge à l’enfant ? « Une de mes copines vient justement d’avoir un bébé. »